1880

White Fathers’ Diary in Buganda

Diaire des Pères Blancs au Buganda

 

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janvieravrilmai – juin – juilletaoûtseptembreoctobre – novembre décembre

Janvier à avril 1880

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Page 73 

Lundi 26 janvier  
nous apprenons qu’un de nos enfants, Siméon, veut se sauver ; nous le renvoyons chez son ancien maître, qui nous en donnera un autre à la place. Tous ces esclaves waganda finissent par se sauver.  
Mardi 27 janvier  
À la place de l’esclave muganda que nous avons renvoyé à Sabaganzi, nous avons un petit Musoga ; nous lui avons donné le nom de Siméon.  
Vendredi 30 janvier  
(suite) … Pearson, il y a quelques temps, a eu une conférence avec le roi. Il lui a fait comprendre que les Blancs sont ses amis. Mutesa a ajouté que son cœur était changé, qu’il ne voulait plus se défier des Blancs. Pearson fit au nom du roi  une lettre pour Gordon Pascha.   Ces lettres ne sont pas encore parties, le roi a dit aujourd’hui que les hommes attendaient pour partir que les cadeaux fussent prêts.  
Samedi 31 janvier  

Trois catéchumènes.

Le P. Barbot est guéri, mais il ne se remet pas vite, il est très faible et sans appétit.

On nous a dit de nouveau que beaucoup de gens du peuple désireraient se convertir ; mais les Grands, infatués d’eux-mêmes et pleins d’orgueil, s’y opposaient. Comment, disent-ils, nos esclaves apprendraient la religion avant nous … Hélas, s’il faut attendre pour convertir les esclaves que les Grands le fassent, il faudra, je crois, attendre encore longtemps. Plus nous allons, plus nous voyons de d’obstacle à cette conversion. Plus nous voyons la vérité de ces paroles de la Sainte Écriture : « Totus in maligno positus » On n’a pas idée de leur orgueil, de leur corruption. Pauvres gens … Espérons cependant : ce qui est impossible à l’homme est possible à Dieu Tout-Puissant.

 

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27 mars  
[ 4 baptêmes. 3 catéchumènes : Joseph (Lwanga), Pierre (Damulira), Paul (Nalubandwa). Un enfant : Léon]  
Jeudi 1er avril  

Plusieurs des porteurs arrivent vers 5h30 du matin. Deux manquent. Vers 9h, le P. Barbot nous dit adieu. Il s’en va avec cinq porteurs. Il reste deux caisses qu’emporteront demain les deux porteurs retardataires.

Notre petite communauté se trouve réduite à trois missionnaires.

Depuis quelques semaines, les bananes sont rares à cause de la sécheresse des mois d’octobre, novembre, décembre, janvier. Les esclaves sont soumis à un jeûne assez rigoureux. Nous achetons pour nos enfants de la farine de banane séchée.

Depuis quelques semaines, les bandes de Mutesa ont pris le chemin de l’Ousoga pour prélever ce tribut, c’est-à-dire enlever femme … enfants … bestiaux … massacrer ceux qui voudraient défendre leurs biens.

Mutesa a dit qu’il laisserait les Basoga en paix s’ils lui donnaient quantité d’ivoire. Un chef est venu se jeter à ses pieds avec quelques défenses, lui disant qu’il était son esclave, qu’il daignât ne pas ravager son pays. Le roi a trouvé que ce pauvre homme ne portait pas assez d’ivoire pour mériter qui lui fît grâce. Il l’a fait enchaîner et tandis qu’il sera lié et bien enfermé dans des huttes, prisonnier de Sa Majesté, les bandes de Mutesa feront leur devoir dans sa malheureuse tribu.

 
Vendredi 2 avril  

On apprend que le chef Musoga est condamné à mort. Refuser l’ivoire à Mutesa, quel crime abominable ! Rien que la mort était capable d’expier ce forfait… Le roi mettra à sa place un enfant du chef décapité, qui s’engage à fournir à Sa Majesté des centaines de défenses d’éléphants.

Je me rends au Mbuga. On apporte au roi plusieurs lettres d’Arabes venus dans le Karagwe faire le commerce de l’ivoire. Un arabe en fait la lecture et la traduit en kiswahili. Slon leurs habitudes, les Arabes font au roi leurs compliments les plus sympathiques.

Le roi, croyant probablement que je ne sais pas un mot de kiganda, se met à causer et à faire causer en cette langue, de notre projet de mission à Ouaya. Les uns disent que notre véritable (…)

 
Samedi 3 avril  

(suite)… mettre les cheminées; qu’il nous les rend afin que nous les mettions nous-mêmes.

Nous lui avons donné ces cheminées parce qu’elles sont toutes trop grandes ou trop petites pour le plus grand nombre de ses fusil, et que nous étions sans cesse importunés par ses soldats et les Grands, qui croyaient que c’était par mauvaise volonté que nous n’arrangions pas leurs fusils. Nous disons à l’envoyé qu’il n’est pas possible d’accommoder les cheminées au fusil ; que du reste Kabaka sait que nous ne sommes pas venus pour faire ni pour arranger des fusils.  Nous ajoutons que nous voyons avec peine que le roi ne croit pas ce que nous lui disons. L’esclave se retire, laissant les cheminées et emportant le fusil. Le père Lourdel se rend à Mbuga pour expliquer encore une fois au roi le but de notre voyage, et de notre séjour dans l’Ouganda. Le roi ne se montre pas, mais l’esclave venu chez nous, et d’autres esclaves qui se tiennent près de lui, paraissent moins exigeants que ce matin… Ils disent qu’ils viendront chercher les cheminées, et qu’ils les feront mettre par d’autres. Ils viennent les chercher dans la journée. Les Noirs voudraient que nous nous fissions leurs esclaves. La religion n’est pour eux qu’une chose secondaire.

Puisse le Bon Dieu ouvrir enfin les yeux de ces pauvres gens.

 
Dimanche 4 avril  

Le P. Lourdel se rend encore à Mbuga. Il a la douleur de voir Mutesa inviter un Arabe à faire la lecture du Koran.

Le roi se montre pourtant affable. Il n’est pas question du fusil. Il rapporte nos lettres envoyées par la voie du Nord.

Nous avons une quinzaine de catéchumènes.

Les soldats du roi n’ont ni exercice ni travail le dimanche. Ceux qui désirent se faire instruire profitent de ce jour pour venir chez nous.

 
Lundi 5 avril  

Nous apprenons par une lettre du P. Girault qu’il s’est rendu chez les Wasese avec le P. Barbot sur les pirogues de Gabunga, pour obtenir les embarcations qui les conduiront à Kadume. Leur voyage jusqu’ici est heureux. Je lui écris de ne pas se rendre à Ouaya, et s’établir au sud du lac. Je crains que ma lettre ne puisse lui être remise avant le départ définitif.

Les Anglais sont à Gabunga ?

 
Mardi 6 avril  

Je me rends à Mbuga. Grande revue des troupes. Deux cents nègres environ, armés de fusils de toutes formes, de tous calibres, fusils à pierre… fusils de chasse… fusils de munitions… rayés… non rayés… carabines, etc. Pas d’uniformité dans le costume : rouge, blanc, vert, étoffe d’écorce d’arbre. Véritable armée de théâtre; et cependant, cette poignée de conscrits, dont tout l’exercice consiste à marcher plus ou moins au pas, et à présenter les armes, font la terreur de tous les Nègres qui habitent au nord du Victoria. En ce monde, tout est relatif.

Je vais voir M. Pearson qui est assis dans le temple maintenant désert: « Nous nous distrayons en causant de nos pauvre noirs. »

Sa Majesté ne m’appelant pas, je me retire vers six heures et demie.

 

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Mercredi 7 avril 1880

Wednesday, April 7th

Nos catéchumènes me disent que la plus grande partie des habitants de Rubaga et des environs désirent embrasser notre religion, mais que les Grands ne leur permettent pas de se faire instruire. J’espère que Celui qui nous a envoyé ici, saura briser ces Grands qui s’opposent à son œuvre.

Je suis étonné et profondément touché des dispositions du petit nombre qui se hasarde à pénétrer jusqu’à nous. Il me semble que l’Eglise compterait bien ici de nombreux enfants si les Baganda s’appartenaient. Mais, hélas, la grande masse appartient au roi, et à un petit nombre de Grands. Et ce roi et ces Grands surtout ne veulent pas d’une religion qui condamne leur vie abominable.

Les esclaves se plaignent beaucoup de la faim. Un grand nombre ne font qu’un petit repas par jour, après le coucher du soleil. Nous avons nous-mêmes beaucoup de peine à nous procurer un peu de viande, et nous sommes obligés de faire maigre plus que le vendredi. Si ces petites privations pouvaient faire oublier à Dieu nos misères, et hâter l’heure du Salut, nous serions très heureux de les supporter.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(continued) to fast more than Fridays only. If, because of these small privations, God could forget our troubles and if it could hasten the hour of salvation; then we would be very happy to suffer.

Jeudi 8 avril 1880

Thursday, April 8th

Les femmes dans l’Ouganda ont seules le privilège de porter double lubugo (étoffe d’écorce d’arbre) ; le Roi s’étant aperçu que la mode de doubler le lubugo s’insinuait parmi les hommes, a donné ordre de lier et de jeter en prison tous ceux qu’on rencontrerait n’ayant pas un lubugo simple… On assure que grand nombre a été emprisonné aujourd’hui, pour crime de lèse-mode.

On me rapporte la lettre que j’avais écrite au Père Girault pour lui dire de s’établir au sud du Victoria. Le Nègre à qui je l’avais confiée est arrivé trop tard ; les Pères étaient partis.

Only women in Uganda have the privilege of wearing double lubugo (bark cloth); the King perceiving that this fashion of double lubugo crept among men, gave the order to bind and imprison all those that did not wear a single lubugo…People say that a large number was jailed today for lèse-fashion.

I was given back the letter I had written to Father Girault to tell him to settle on the southern shores of Victoria. The Negro to whom I had entrusted it arrived too late; the Fathers were gone.

Vendredi 9 avril 1880

Friday, April 9th

Un catéchumène me répète ce que j’ai entendu bien des fois déjà, que les Baganda étaient polis, simples avant l’arrivée des Arabes. Ces Musulmans les ont excités à leurs vices infâmes ; ils ont enseigné que ces actes abominables étaient des jeux innocents, apanage des peuples civilisés. Il ajoute que les partisans du Coran disent toute sorte de mal de nous, et ne négligent rien pour empêcher les Noirs de venir se faire instruire.Il serait désireux que les Missionnaires Catholiques s’établissent dans les contrées qui n’ont pas encore été souillées par les pas des fils de l’exécrable Mahomet. Malheureusement, on a beaucoup de peine à pénétrer dans ces régions ; et si on s’y fixait, on aurait à craindre que de loin, les commerçants arabes ne soulevassent contre nous les populations. A catechumen repeats what I have heard many times before, the Baganda were polite, simple before the arrival of Arabs. These Muslims have excited their infamous vices; they taught that these odious acts were innocent games and a prerogative of civilized peoples. He added that supporters of the Quran say all kinds of evil against us, and neglect nothing to prevent Blacks to come and be educated.It would be desirable that the Catholic missionaries settled in the countries which have not yet been polluted by the footsteps of the sons of the atrocious Muhammad. Unfortunately, it is very difficult to penetrate these regions; and if we settled there, we would have to worry that from afar, Arab traders would antagonise the people against us. 

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Samedi 10 avril 1880

Saturday, April 10th

 A force de peiner, nous finissons par nous procurer quelques mauvaises chèvres. Nous les payons bien plus cher que dans les mois précédents.Visite d’un commerçant arabe nommé Elfan ; il nous a fait cadeau d’une chèvre, il y a trois jours. Pour répondre à ce cadeau, nous lui offrons une petite cafetière chinoise, quelques mètres de cordonnet rouge, et 8 boutons d’officiers. Il paraît très content, satisfait.

Un autre Arabe, Ben-Tsare, vient nous demander un remède pour son petit enfant qui a la fièvre. Il nous dit que le Roi fera bientôt inaugurer la nouvelle maison qu’il vient de faire construire, en guise de monument funèbre sur la tombe de son père Suna. On immolera pour cette occasion 99 hommes, 99 bœufs, 99 moutons, 99 chèvres, 99 poules. On offrira 99 œufs, 99 régimes de bananes.Cette affreuse cérémonie se renouvelle chaque fois que l’on reconstruit la maison du roi défunt ; ce qui doit arriver souvent, car une maison construite en roseaux ne dure pas de longues années… Qu’on écrive après cela, dans des ouvrages qui arrachent des larmes de tendresse aux ladys anglaises, que Mutesa est déjà civilisé… qu’il est le plus doux des monarques …

Nos trois néophytes viennent se confesser.

 By dint of toil, we end up getting some bad goats. We pay much more than in the previous month.Visit of an Arab trader named Elfan; three days ago, he gave us a  goat as a present,. In return, we offer him a small Chinese coffee pot, a few meters of red drawstring and 8 officer buttons . He seems very happy, satisfied. 

Another Arab, Ben-Tsare, comes and asks  for a medicine for his little child who has fever. He tells us that the King will soon usher in the new home he has built, as a funeral monument on the grave of his father Suna. For this occasion, they will sacrifice 99 men, 99 cattle, 99 sheep, 99 goats, 99 hens. 99 eggs will be offered, and 99 bunches of bananas. 
This terrible event is renewed each time the house of a deceased king is rebuilt; what must happen often, as a house built with reeds do not last long  … After that, let people write, in books that make English ladies shed tears of tenderness, that Mutesa is already civilized … that he is the sweetest monarch … 

Our three neophytes come to confess.

Dimanche 11 avril 1880

Sunday, April 11th

Communion de nos trois néophytes. Ces pauvres gens paraissent avoir bonne volonté.

Le P. Lourdel se rend à Mbuga. Il demande au Roi un signe qui fasse reconnaître nos commissionnaires, et les mette à l’abri des vols que les fils de Sa Majesté ont droit de se permettre à l’égard des Bagandas. Le Roi lui promet ce signe. Il lui fait cadeau d’un bœuf. On annonce à la Cour la mort du roi de Karagwe. On croit qu’il a été empoisonné par une de ses femmes. Mutesa demande aux Arabes des renseignements sur les fils de ce roi, pour choisir un successeur qui lui soit favorable.  Car le roi de l’Ouganda regarde le Karagwe comme une partie de son royaume.

Our three neophytes take Communion. Poor people, they seem to have good will

.Father Lourdel went to Mbuga. He asked the King to decide on a distinguishing feature for our delivery guys to keep them safe from theft as His Majesty’s sons have the right to rob the Baganda. The King promised. He gave an ox as a present. The Court received the news of the death of King ofKaragwe. It is believed that he was poisoned by one of his wives. Mutesa asked Arabs information about the sons of the king, to choose a successor who could be favourable to him. In fact, the king of Uganda considers Karagwe as a part of his kingdom.

Lundi 12 avril 1880

Monday, April 12th

On dit que la lune qui vient de commencer est la lune des grandes pluies.  Si cela est vrai, les grandes pluies dans l’Ouganda correspondraient avec la massika de la côte de Zanzibar. 

L’arrestation et l’incarcération des Noirs, revêtus d’un double lubugo (…)

People say that the new moon is the moon of heavy rains. If this is true, the heavy rains in Uganda correspond with Massika on the coast of Zanzibar.

The arrest and incarceration of Blacks wearing double lubugo (…)

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Mardi 22 avril 1880

Tuesday, April 22nd

(suite) -te magique, son effet. Un individu est-il accusé de vol ou d’un autre délit, si on manque de témoins, l’accusateur et l’accusé on droit d’avoir recours à l’épreuve du Madudu. On prend les fruits de cette plante, on en exprime le jus dans du vin de bananes (mwenge) ; [les deux] ou bien deux de leurs esclaves boivent chacun la moitié de la liqueur. Si les deux patients sont endormis par le narcotique, personne n’a tort … et si ce sont deux esclaves, le maître de l’un doit donner un bœuf à l’esclave de l’autre pour le dédommager des souffrances que lui a causées le Madudu. Si aucun des deux patients n’est endormi, l’accusateur et l’accusé ont tous les deux raison, et ils n’ont qu’à donner chacun un bœuf au Roi, à titre d’amende. Si l’accusateur ou celui qui tient sa place est seul endormi, il est censé avoir accusé à tort, et il donne un bœuf à l’accusé à titre de réparation d’honneur. Si l’accusé ou celui qui a bu en son nom le Madudu est seul endormi, l’accusateur a droit d’aller piller sa maison, de lui enlever sa femme … esclaves … etc … etc … et même de le tuer. Il n’est pas rare que le Madudu n’endorme les malheureux qui l’ont bu, d’un sommeil dont ils ne se réveillent plus … plusieurs fois dit-on ; le ventre se gonfle, s’ouvre et les entrailles se répandent. La maladie causée par cette plante vénéneuse dure jusqu’à dix jours. Les Bagandas ont la plus grande confiance en ce procédé si sauvage et si immoral. (continued) magical, its effect. When a person is charged with theft or another crime , if there is a lack of witnesses, the accuser and the accused are entitled to resort to the test of Madudu . The fruits of this plant are squeezed, the juice poured in banana wine (Mwenge) ; [both of thrm] or alternatively, two slaves, one for of each party, drink half of the liquor. If both patients are put to sleep by the narcotic , nobody is wrong … and if they are slaves, the master of one must give an ox to the slave of the other one to compensate the sufferings caused to him by the Madudu. If both patients sleep, the accuser and the accused are both right, and both of them simply give an ox to the King, as a penalty. If the accuser only, or whoever in his place, falls asleep, he is supposed to have falsely accused, so he gives an ox to the accused to compensate the disgrace. If the accused only, or whoever in his place drunk the Madudu, sleeps, the accuser has a right to plunder his house, to take his wife … slaves … etc … etc … and even kill him. It is not uncommon for the Madudu to plunge the unfortunate guy who drank it into a sleep they never wake up again … on several occasions, so people say, the belly swell , it opened and the bowels spread. The disease caused by this poisonous plant lasts up to ten days. The Baganda have the utmost confidence in such a wild and immoral procedure.

Vendredi 23 avril 1880

Friday, April 23rd

Le P. Lourdel va saluer le Roi. Il lui fait cadeau de 12 fusées qui nous restaient, et il lui dit que les esclaves d’un de ses enfants ont détruit une partie de notre palissade. Le Roi condamne son fils à nous refaire la palissade endommagée, et un homme est désigné pour aller lui intimer l’ordre. On ne peut avoir ici de plus tristes voisins que les enfants de Sa Majesté, car ils ont le privilège de voler les Bagandas. Et de temps en temps ils mettent en pratique le principe « favor sunt ampliandi » ; et volent les étrangers … Le Prince notre voisin, a déjà volé secrètement plusieurs de nos chèvres. Il faut payer l’honneur de loger près d’un prince de sang royal.

L’homme chargé d’exécuter le jugement royal vient nous dire que notre palissade sera faite … qu’il s’en charge et qu’il suffira de lui donner à lui deux dotis pour ses peines. Ainsi, celui qui a détruit la palissade sera puni … mais nous le serons aussi. Ce seront les agents du Roi qui profiteront. Le bon La Fontaine n’écrivait pas seulement pour la France quand il racontait l’histoire de l’huître et des deux voyageurs.

Mutesa nous envoie une petite glace, nous priant de changer la planchette qui est derrière le cadre. Il nous envoie en même temps une de ces planches dont on se sert ici pour écrire l’arabe. Nous n’osons lui refuser ce service quoi que ce soit pour nous une perte de temps.

P. Lourdel goes to greet the King. He presented him with 12 rockets we were left with, and he told him that the slaves of his children destroyed part of our fence. King condemns his son to repair the damaged fence for us, and a man is appointed to go and deliver the order to him. You cannot here have worst neighbors that children of Her Majesty, because they have the privilege of robbing the Baganda . And occasionally they practice the  » favor sunt ampliandi  » principle ; and rob foreigners as well … The Prince our neighbor, has secretly stolen many of our goats. One must pay the honor to stay near a prince of royal blood.

The man responsible for carrying out the royal judgment tells us that our fence will be made … he make it his personal affair, and it will suffice to give him two dotis for his services. Thus, the one who destroyed the fence will be punished … but we will be too. The agents of the King will be the beneficiaries. Good La Fontaine wrote not only for France when he narrated the story of the oyster and the two travelers.

Mutesa sent us a small miror, requesting us to change the board behind the frame. He sends us the same time one of these boards which are used here to write Arabic. We dare not refuse this service though for us it is a waste of time .

Samedi 24 avril 1880

Saturday, April 24th

Visite du Mukwenda [chef du Singo]. Il a soin de venir nous voir souvent depuis qu’il nous fait construire une grande cabane destinée à abriter nos enfants. Probablement, il craint que le travail fini, nous ne soyons assez généreux. Nous lui faisons un petit cadeau de plomb, de cordonnet, de capsules, d’un mouchoir de Lessou. Il a l’air satisfait. Il rencontre chez nous un de ses amis [Fuwuke] * Jean-Marie Fukuwe, neveu de Nyika, lieutenant d'un chef, baptisé le 15 mai 1880 qui se fait en ce moment instruire de la religion. Il lui demande s’il vient lire chez nous. L’autre répond qu’il vient pour se faire soigner un doigt. Il dit la vérité, mais pas toute entière. Quand le visiteur s’est retiré, nous lui demandons pourquoi il n’a pas avoué qu’il apprenait notre religion. Il nous dit que si le Roi venait à savoir que tel ou tel se fait instruire, il le ferait tuer secrètement … Nous n’avons pas trop de peine de le croire, car nous ne connaissons que trop tout ce qu’il y a de fourberie et de cruauté dans ce pauvre Roi qui paraît, au premier abord, si désireux de s’instruire et voir ses sujets s’instruire aussi. Plusieurs fois, nous avons eu la pensée de lui demander de permettre publiquement (…) Visit by the Mukwenda [ chief of Singo ] . He carefully visits us quite often since he builds for us a large shed to house our children. Probably, he fears that, when the work is finished, we may not be generous enough. We give him a small gift of lead, capsules, a Lessou handkerchief. He seems satisfied. He met at our place one of his friends [Fuwuke] * Jean-Marie Fukuwe, Nyika's nephew, leftenant of a chief, baptised on May 15th, 1880 to whom we currently teach religion. He asks him if he comes here to read. The other one replied that he comes to get treatment for a finger. He speaks the truth, but not the whole of it. When the visitor is gone, we ask him why he did not confess that he learns our religion. He answers that if the King were to know that so and so is educated, he would secretly kill them … Not too difficult to believe, as we know only too much the treachery and cruelty of this poor King. At first sight, he seems so eager to learn and see his subjects to learn too. Several times, we contemplated asking him to publicly allow (…)

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Mai à août 1880

Insérer GALLERIE 127-163

Page 127

4 mai  
[Durant l’audience, le roi s’amuse à faire découvrir aux Arabes leur poitrine velue. C’est une vraie curiosité pour les Baganda.]  
10 mai  
[Durant la séance, le roi s’amuse à caresser la main d’un de ses esclaves favoris, tandis qu’un autre favori lui masse les pieds pour les tenir chauds.]  
18 mai  

[Pearson a un moulin où Lourdel va pour son blé.

Une autre façon de rendre un jugement : la ventouse. Mise sur le ventre de l’accusé (ou d’un esclave le représentant, si elle le prend, cela signifie culpabilité.]

 
2 juin  

(suite) … ne sont donc pas venus uniquement pour me voir. »; Ce pauvre roi se figure qu’on parle de lui dans tout l’univers, et que c’est pour avoir le bonheur de le voir qu’on affronte les fatigues d’un long et pénible voyage. Quand les Anglais allaient lui lire la Bible, il prenait un plaisir singulier à entendre la vie de Salomon, et à se comparer à ce roi dont la reine de Saba alla admirer la sagesse.

Frère malade.

 
Jeudi 10 juin  
Le Frère ne va pas mieux. Nous croyons qu’il a pris une sorte de coup de soleil hier, où il a travaillé assis dehors. Le soleil est très mauvais, chose étrange, même quand il est à moitié voilé.  
Vendredi 11 juin  

Les Arabes continuent, chez le roi, de nous calomnier. Si on ne nous chasse pas du pays, ce ne sera pas leur faute. Nous apprenons que le roi a fait brûler vivant un des jeunes nègres qu’on désigne sous le nom de bagalagala. Il avait été sollicité par l’une des femmes du roi.

On vient d’enfermer dans une enceinte de roseaux tous les fils du roi à l’exception de deux. Ils usaient et abusaient de leur privilège de voler. Les Grands se sont plaints bien des fois et ils ont fini par obtenir l’incarcération des princes et princesses.

 
Samedi 12 juin  

Depuis quelques temps le P. Lourdel donne des remèdes à Mutesa pour la maladie qui le tient cloué sur son lit, depuis 2 ans.

Le roi va mieux, et la confiance qu’il a en la science du P. Lourdel lui fait regarder sa guérison comme certaine. Il commence à se lever, et se hâte de se faire confectionner des habits. Il fait restaurer son ancienne habitation, que les sorciers lui ordonnèrent l’an dernier de quitter s’il voulait guérir.

Si le roi soigné par le P. Lourdel guérissait de cette maladie qui a résisté à toutes les sorcelleries et à tous les remèdes, nous serions, je crois, moins regardés comme des hommes dangereux. Désespérant de nous et de nous établir à Kaitawa, le P. Lourdel va demander à Katikiro où nous pourrions …

 
Mardi 29 juin  

Il serait à désirer et même nécessaire qu’on retranchât de toutes nos lettres qu’on livre à l’impression, tout ce qui peut ici troubler nos bonnes relations tant avec les Anglais qu’avec le roi du pays. On devrait surtout ne pas permettre à ceux qui corrigent nos lettres de les augmenter. Ils nous font dire des absurdités qui nous feront passer pour des blagueurs imbéciles. Dans les instructions que Monseigneur nous a données, il nous recommande de ne rien négliger pour conserver les bons rapports avec tout le monde … de rendre même le bien pour le mal. On insère dans nos lettres des réflexions qui nous attirent ici le juste reproche de rendre le mal pour le bien. Cela nous fait beaucoup de peine. Pourquoi mal parler des autres, même quand on aurait droit de le faire ? Pourquoi s’amuser à mordre quand on n’a aucun motif de le faire ?

Le roi nous donne des planches

 
Mercredi 30 juin  
Le P. Lourdel va saluer le roi et lui offrir une boîte qu’il nous avait fait demander et que nous ne pouvions lui refuser après le don des planches qu’il vient de nous faire. Sa Majesté paraît aujourd’hui rayonnante de joie. Elle raconte un rêve qu’elle a eu la nuit et qui lui paraît un présage de bonheur. Dieu le lui a envoyé. Aussi il veut se remettre prier et il veut que tous les jours, un crieur invite ses sujets à la prière … disant comme les Arabes : Dieu est grand. Il ajoute: « J’ai étudié la religion des Arabes puis celle des Blancs … longtemps, j’ai été silencieux. Maintenant je me décide pour l’Islam … Comme mes frères de l’Ounyanyembé et de Zanzibar vont se réjouir en apprenant cette nouvelle. » Voilà donc Mutesa musulman … probablement comme il a été protestant et quasi-catholique, c’est-à-dire du bout des lèvres. Sa Majesté déclare qu’il laisse au Baganda la liberté de prier comme les Arabes … et comme les Blancs. Liberté des cultes. Ce serait quelque chose si c’était sérieux. Mais les gens auront peu de confiance en ces paroles. Dans tous les cas, ils suivront(…)   

Δ   Page 139

11 juillet   
(…) -non l’usage singulier qui existe chez les rois de l’Ouganda de faire garder le tombeau de leurs pères par des femmes qui ne peuvent se marier. Pour les premiers, le nombre de ces gardiennes est de 5 à 10 ; mais pour les trois ou quatre rois qui ont régné avant Mutesa, elles se comptent par centaines. En mettant une moyenne de 30 femmes par hutte tombeau, le nombre de ces gardiennes, leur nombre total s’élève à 1000 car on compte 31 tombeaux royaux. Le genre de vie auquel ces créatures sont condamnées est une source de désordre. Elles s’en vont au loin chercher des époux d’un jour; et comme on punirait sévèrement celle qui aurait le malheur de devenir mère, elles ont soin de prendre une potion destiné à produire l’avortement. On nous assure que ce crime est très commun, même parmi les autres femmes qui le commettent pour cacher leur infidélité à leur mari.  
Lundi 12 juillet  

Visite médicale du P. Lourdel à la cour. Bonne réception comme d’habitude. Il n’est pas question de religion

Visite d’un Grand qui vient nous demander des remèdes. Il nous dit qu’il ne veut pas de la religion des Arabes; que ce sont des menteurs. Il viendra se faire instruire chez nous. Nous comptons peu sur ces pauvres Grands. Ils ne paraissent pas prêts à recevoir la bonne nouvelle. Nous voyons avec plaisir que les désirs du roi ne sont pas la règle nécessaire de la conduite de tous ses sujets.

 
Mardi 13 juillet  
Je vais saluer le roi. Grande réception. Sans cérémonie, je vais m’asseoir sur les tabourets qui se trouvent aux premières places. Le roi se montre poli. Il me dit en me montrant la salle de réception: « Tu vois comme c’est beau. »; je lui répondis que la salle était belle, mais que lui était plus beau encore … Un tel compliment serait une insulte en pays civilisé. Ici il est très bien reçu. J’aurais dû ajouter pour porter à son comble la joie de Sa Majesté qu’elle était admirablement bien outillée ; qu’il n’y avait pas dans le mon- (…)  
18 juillet  
[Mutesa demande à Lourdel de soigner sa mère] Quoique généralement  nous refusions de soigner les femmes …  
25 juillet  
(…) Nous renvoyons un de nos esclaves que le roi nous a donné. Il est déjà âgé, il a la passion du mal. Sa présence nuirait aux autres.(…)  
26 juillet  

(…) Nous demandons à un Arabe s’il ne pourrait pas nous vendre quelques jeunes esclaves payables à Zanzibar …

[toute la faveur de Lourdel tient à ce qu’il est le médecin du roi : audiences privées, etc.]

 

Δ   Page 158

8 août  

(…) le roi demande au P. Lourdel des renseignements obscènes. Le Père lui répond qu’il n’est pas versé dans cette matière.

[Deux Nègres tiennent une panthère apprivoisée. Calme. Quand elle voit Lourdel, la panthère se met en fureur]

 
Lundi 16 août  
( suite ) Nous croyons que la polygamie des grands, polygamie poussé jusqu’aux dernières limites, est cause de la plupart des maladies. Leurs excès engendrent des maladies qu’ils communiquent à leurs femmes, transmettent à leurs enfants ; leurs femmes souvent infidèles, infectent les esclaves … Peut-être que les habitants des campagnes sont plus sains. Les Wanyamwezi nous paraissent avoir des mœurs plus simples et une santé plus solide.  
Mardi 17 août  

Visite du P. Lourdel à Mbuga. Depuis quelques temps, Sa majesté ne se montre presque plus aux Grands. Il ne reçoit que 2 ou 3 intimes, inter quos : le P. Lourdel. Nous croyons utile de ne pas paraître indifférent à ce témoignage d’intérêt quoique nous comptions peu sur sa sincérité. Le pauvre P. Lourdel, pour le bien de la mission, ne recule pas devant l’ennui et la fatigue des visites presque quotidiennes à la cour. Pour moi, sûr de n’être pas reçu, je me tiens tranquille ici, et fais le catéchisme à ceux qui veulent bien m’écouter. Leur nombre qui s’est élevé rapidement semble vouloir se maintenir. Le Père est bien reçu à Mbuga. Il fait une visite au second ministre.

Sa Majesté avait aujourd’hui une difficulté à faire résoudre. C’est pourquoi, en même temps que le P. Lourdel, il a fait introduire le borgne Musudi, Arabe, qui est censé pouvoir parler de omni rescibili et quibusdam aliis. Mutesa ne comprenait pas comment Eve, étant fille d’Adam attendu qu’elle était sortie de son corps, Adam avait plus l’épouser, sans violer la loi naturelle qui défend au père de se marier avec sa fille. Le borgne trouvait le cas embarrassant, d’autant plus que d’après Adam lui-même, la fille devait quitter son père  pour suivre son mari. Le P. Lourdel a fait remarquer au roi qu’Eve ce n’était pas du tout fille d’Adam. Il a ajouté que du reste, fût-elle fille d’Adam, Dieu pouvait donner dispense à Adam, comme lui Mutesa dispensait quand il (…)

 
Mardi 24 août  

(suite)(…) grande hutte, étendu sur un lit. Cette audience très longue est remplie comme d’habitude de futilités. Une femme du roi et un mukondere  * sorte de flûte – Omukondere, celui qui en joue.s’efforcent de se surpasser en jouant du ngombe (sorte d’instrument à 6 cordes). Bien entendu que c’est la dame qui l’emporte. Le roi demande quel est son âge à lui. Celui qui est chargé de compter les années de Sa Majesté les compte au moyen de morceaux de roseaux. 82m Kig 41 orti ( ??? = 41 ans ??). Puis le roi fait venir deux jeunes Nègres pour voir quel est le plus joli. On discute longtemps à ce sujet. Enfin Sa Majesté déclare quel est le plus beau, et ce dernier de remercier le roi. On en vient à parler de Dieu. Sa Majesté dit des choses plus ou moins burlesques que le plus grand nombre des auditeurs ne comprennent pas, mais que tout le monde admire bien entendu. De Dieu, on tombe sur le jeune homme qui l’a remporté en beauté, et on débite force obscénités. Enfin, on en vient à la brièveté de la vie de l’homme et c’est au milieu de ce sujet, que la séance est levée. A la cour, plusieurs m’ont dit que bon nombre de Baganda étaient réduits à manger les racines des bananiers 

Un jeune homme m’a dit qu’il désirait s’instruire de notre religion mais qu’il avait entendu dire que le roi ferait jeter en prison ceux qu’il savait venir écouter nos leçons. Je lui ai dit que le roi laissait à ses sujets la liberté d’embrasser la religion que bon leur semblait. Il ne paraissait pas très rassuré, cependant, il m’a dit qu’il serait demain chez nous.

 
Mercredi 25 août  

Temps sombre. 

Nos Nègres doivent avoir froid ; nous n’avons que dix catéchumènes.

Orage et pluie aux environs, ici peu d’eau. Si, enfin ces pauvres  bananiers étaient bien abreuvés.

 
Jeudi 26 août  

Le roi nous envoie un portrait de M. L. de Bellefonts que ce dernier lui a donné lors de son voyage dans l’Ouganda en 1875. Ce portrait est fixé derrière un très beau cristal de plus d’un doigt d’épaisseur ; la percaline qui le retient est décollée. Sa Majesté nous prie de la recoller. Nous lui rendons ce petit service. 

21 catéchumènes

 
Vendredi 27 août  

Visite du P. Lourdel à Sa Majesté. Il lui apporte un catéchisme [en] arabe que le roi avait demandé. Nous avons eu soin d’enlever tout ce qui regarde l’Eucharistie et la pénitence. On ne peut refuser ce livre au roi sans le porter à croire que notre religion enseigne des choses qui ne peuvent que nuire à son autorité.

Des barques venues des îles Ukerewe auraient vu le Père Giraud en route pour Kaduma. Cette nouvelle est peu digne de foi.

 
Jeudi 28 août  

Visite du P. Lourdel à la cour.  l porte un remède à Sa Majesté. Il trouve Mutesa se faisant lire l’histoire de Joseph dans un livre protestant, par un musulman. Il demande au P. Lourdel si tous ces détails sont bien vrais … si Joseph était bien joli … Le Musulman se hâte de dire que Joseph quand il était rasé, était le plus beau des hommes.

La nouvelle du P. Girault pour Kaduma se confirme.

Sa Majesté nous envoie une grande Bible protestante,  dont la basane est décollée. Il nous prie de la lui réparer. Nous ne pouvons lui refuser ce service.  l vaut mieux qu’il lise la Bible que le Coran.

 
Dimanche 29 août  
Tout notre petit troupeau est présent.  
Lundi 30 août   

Visite du Père Lourdel à la cour ; audience particulière. 

Visite d’un Grand qui nous a envoyé un esclave. Nous lui faisons un cadeau pour répondre au sien. 

Visite d’un autre grand. Il nous dit qu’il désire se faire instruire de notre religion ; cette demande nous étonne, et nous ne croyons pas à la sincérité de notre visiteur. Notre homme exhibe ensuite une carcasse de parapluie et nous prie de la lui réparer. Le bonhomme avait cru que pour gagner nos bonnes grâces, il fallait commencer par la question religieuse. Il espérait que la question du parapluie se résoudrait après d’elle-même. Le pauvre s’est trompé car il a fallu lui dire que nous n’étions pas des faiseurs de para- (…)

 

 Δ

Septembre 1880

Insérer GALLERIE 166-174

 

Page 166

Vendredi 3 septembre  
(…) nous en servir. Malheureusement, il ne reste que très peu d’aloès, ayant perdu en route la caisse qui en contenait une provision. Après avoir soigné les malades, visite au roi. Quatre ou cinq heures d’antichambre aujourd’hui avant d’avoir été admis en audience de Sa Majesté, le roi des Baganda. Vous qui avez le tempérament un peu vif et qui connaissez combien la patience est parfois difficile, vous serez tenté de me plaindre. Gardez-vous en : tous les gens de ce pays, Grands petits, vous contrediraient immédiatement. J’ai été le plus heureux et le plus favorisé, puisque j’ai été admis, de préférence à tant d’autres, à voir Kabaka au milieu de tout son sérail ; faveur qu’aucun du pays ne peut obtenir. Et celui-là serait regardé comme un malotru qui se plaindrait trop hautement de ce que le roi met un peu trop sa patience à l’épreuve. Mais, dira-t-on, si le roi reçoit à midi ou après-midi, pourquoi il y aller le matin ? C’est que le caprice du monarque n’a pas d’heure fixée, et qu’il ne prétend pas du tout qu’on lui en fixe. Le sommeil qui se prolonge plus ou moins avant journée selon que la veille, il a prolongé ses excès plus ou moins dans la nuit, le temps plus ou moins humide, ses dispositions actuelles plus ou moins favorables, sont autant de cause d’avancement ou de retard. Pourquoi aller voir Sa Majesté le matin ? C’est que si vous tardez trop, vous vous exposez à trouver la séance finie lorsque vous arrivez. C’est que c’est de très mauvais ton ici d’aller voir le roi lorsque le soleil est déjà avancé dans sa course. Peut-être vous pardonnera-t-on cela plusieurs fois, on dira c’est un étranger, il ne connaît pas les usages, et cependant chacun dans la route de vous dire : « Comment, c’est à cette heure-ci que tu vas voir Kabaka ? » Mais pour peu que vous continuiez de faire visite à même heure, le roi qui est toujours instruit de tout, qui à peine réveillé sait ceux qui sont arrivés pour le voir, ne manquera pas de prendre votre manière d’agir pour de l’insolence et du mépris, et peut-être donnera-t-il en secret à ces nombreux portiers l’ordre de faire semblant de ne pas vous voir et de vous fermer la porte au nez. Ce serait peu de chose d’être privé de voir Sa Majesté, mais ce qui serait pis, c’est qu’aussitôt que l’on soupçonnerait que le roi nous regarde d’un mauvais œil, nous ne pourrions plus faire absolument rien dans le pays et aucun infidèle n’oserait mettre le pied chez nous et plus d’un individu nous ferait des misères. Voilà pourquoi l’un de nous sacrifie les quatre ou cinq plus belles heures de la journée au seul bon plaisir de Sa Majesté qui d’un jour à l’autre pourrait nous chasser d’ici sans que personne ose dire une parole en notre faveur. Je vais donc voir Sa Majesté quoique le P. Livinhac soit en retraite, et que le Frère soit occupé avec les enfants à défricher le terrain que le roi nous a donné. Léon, notre cuisinier, est chargé de recevoir les visiteurs et de garder la maison. Le R.P. Livinhac ayant donné vacances aux catéchumènes pendant huit jours, afin de faire sa retraite, et la plupart des Grands allant voir le roi, les visites sont très rares. Il faut une petite demi-heure pour arriver chez le roi. Sur la route qui conduit au Palais, plusieurs Grands sont assis vis-à-vis leurs portes, entourés de leurs esclaves. D’autres vont en route vers la demeure royale, suivis d’un nombre cortège. Les plus jeunes mwami * chef administratif – à plusieurs niveaux : kyalo (county), ...  – plur. abaami marchent fièrement, les yeux fixés à deux mètres en avant et semblent tout occupés de leur honorable personne. Vous les croiriez plongés dans les plus sérieuses réflexions ; ne s’occupant pas de ce qui se passe autour. Et cependant, ce jeune mwami à la démarche si fière et tout attentif il n’y a qu’un instant à se faire admirer, vient d’apercevoir un mukungu * Officier de haut rang  et le voilà se baissant l’échine devant son maître, le complimentant et lui faisant la mine la plus soumise qu’il lui est possible. Le mukungu, lui, s’avance gravement, les jambes parfois écartées. Il reçoit tous les compliments d’un air digne, s’arrête parfois pour dire une bonne parole et pour rire aux éclats : ce qui lui attire les compliments de toute sa suite dont beaucoup rient sans savoir pourquoi. Tous les mwami ne sont cependant pas comme ceux dont je viens de parler. Il y a des exceptions. On traverse, pour arriver à la maison où le ministre rend la justice, quatre cours ayant portes et portiers. Tous ne sont pas admis dans cette dernière cour. Les bakopi * les petites gens, gens du peuple qui y entrent tâchent de se faufiler dans la suite d’un Grand le portier ne les laisserait pas passer. Tous les simples mortels, même les mwami doivent attendre dans cette cour ou dans la maison qui s’y trouve que le roi soit disposé à les recevoir. Il n’y a que les esclaves propres du roi et les privilégiés qui peuvent monter plus haut à un endroit appelé Kaurouré, et il faut encore passer par 3 ou 4 portes pour y arriver. C’est là que j’ai l’honneur en qualité d’ex-médecin du roi, d’être introduit et de pouvoir reposer tranquillement sur un siège. Habituellement lorsque j’y arrive, j’y rencontre la troupe des musiciens, joueurs de flûte avec ou sans accompagnement de tambour, pinceurs de harpe qui s’accompagnent de la voix, etc. Ils viennent réveiller le roi aux sons plus ou moins doux de leurs instruments. Quelquefois le réveil se fait attendre. Car les tambours n’ont pas sur ces natures nègres, à ce qu’il paraît, le même effet que sur nous autres. Un jour que les tambours faisaient un vacarme plus fort que d’habitude, je demandais la cause, on me répondit : « Kabaka veut dormir. » J’ai cru qu’on voulait rire de moi, mais on me dit sérieusement que quand le roi voulait dormir en paix, il faisait battre les tambours parce qu’alors, ajouta-t-on, il sait que ses gens veillent et qu’il n’a rien à craindre. Le roi assiste réveillé quand il va assez bien et que le temps est beau. Il passe de son lit de nuit à son lit de jour, lequel n’est séparé du premier que par un lubogo * étoffe d’écorce d’arbre . Aussitôt, on lui prépare à manger. Il appelle le Kurugi * xxxxxxx , son esclave en chef, expédie un autre voir les Grands qui sont arrivés, tant Baganda que Wangwana ou Blancs. Quelques minutes après, le Kurugi revient chercher pour monter au roi les présents de la journée : chèvres, boeufs, bananes, mwenge * boisson alcoolisée, faite à partir de la fermentation de bananes et de manioc , fruits rouges, matungulu * fruit rouge, gros comme des avocats, qu’on trouve dans les marécages.  etc. L’esclave vient réciter par rang de dignité les noms des visiteurs. Si le roi doit se montrer, il se fait ensuite apporter sa grande glace et mange, après quoi il se montre. C’est sa manière de faire généralement, car les réceptions sont journalières. Quand il ne doit pas recevoir, il me fait l’honneur de m’appeler avec un Arabe appelé Musudi, écrivain du roi, mauvaise langue, ne voyant que d’un œil, même pas très bien, mais suppléant par une infernale malice, une hypocrite astuce, à tout ce qu’il n’a pas pu voir ni connaître, n’oubliant jamais rien et inventant au besoin tout ce qui pourrait compromettre les Blanc aux yeux du roi. Musudi s’accroupit aux pieds de Mutesa. Je m’assois sur un siège qu’on a toujours soin de m’apporter. Musudi lit non le Coran mais la Bible en arabe ou des extraits en arabe. Pendant ce temps, le roi cause soit avec ses femmes, soit avec ceux de ses esclaves qui sont à ses pieds ou avec les envoyés de ses autres femmes qui envoient porter le salut; examine diverses choses qu’on lui apporte, fait une réflexion sur la lecture, vante l’esprit des Blancs, me donne des compliments, en donne beaucoup à lui-même, s’en fait donner davantage encore par notre borgne qui voyant merveilleusement combien le roi aime les louanges, renchérit tant et plus et épuise la série de louanges que l’on puisse imaginer, en profite ensuite habilement quand il voit le moment propice pour demander des faveurs soit pour lui, soit pour ses amis Wangwana. Voilà un aperçu général de mes visites particulières chez le roi. Mutesa m’interroge de temps en temps en kiganda, et finit enfin après un temps plus ou moins long à nous congédier de manière polie sous un prétexte ou sous un autre. Parfois le roi me recevant simplement pour me faire plaisir, je n’y reste que quelques minutes. Je reviens chez nous en pleine chaleur de midi, heureux d’être enfin débarrassé. En revenant, plus d’un mwami malade m’envoie chercher par un esclave, me disant qu’il veut me voir, et parfois, je rentre à Ste-Marie que vers 2 ou 3 heures. Dans l’après-midi, petit catéchisme aux enfants, soin de quelques malades, visite des Grands, et le soir arrive, content alors si j’ai pu trouver quelques instants pour faire mon Ecriture Sainte et dire mon bréviaire. Comme vous le voyez, on n’a pas ici le temps de s’ennuyer.  
Samedi 4 septembre  

Le roi a reçu les Bakungu * pluriel de Mkungu Officiers de haut rang. . Il a ordonné d’envoyer dans tout le pays de l’Ouganda et dans l’Usoga chercher en masse du mbugo, et des chèvres et des simbi * cauris . D’autres doivent taller dans l’Unyoro prélever pour tribut un certain nombre de pioches * il n’y avait pas de fer au Buganda. Les Banyoro étaient les forgerons. . Les Bakedi attaquent vivement les Bakoli * Un sous-groupe musoga, situé après Iganga, au contact des Bakedi. , gens soumis aux Baganda. Les Bakedi reculent et demandent le secours de Mutesa qui doit envoyer du monde pour les secourir.

Temps nuageux, orage venant sud-est.

Le roi a fait replier les rideaux du lit le P. Barbot lui avait fait. Il est placé dans une chambre de sa grande maison. C’est là que le roi se pose lorsqu’il donne grande audience à ses nombreuses épouses.

 
Dimanche 5 septembre  

Trois de nos chrétiens soldats du roi, sont obligés d’aller faire l’exercice, le jour de repos officiel étant actuellement le vendredi.

Les visiteurs ne voyant pas et n’entendant pas R.P. Livinhac, demandent où il est. On dit que pendant 8 jours, il ne parle qu’avec Katonda. L’un d’eux demande: « Il ne parle pas, mais au moins mange-t-il ? » Ne le voyant jamais venir au réfectoire avec nous, il se figurait peut-être qu’il jeûnait de nourriture comme de parole.

 
Lundi 6 septembre  
Visite au roi. Les deux premiers ministres et moi somme admis à l’audience. Le roi reçoit dans une des chambres de sa grande maison, entouré de 2 ou 300 femmes privilégiées. Tambour battu par ses femmes, chants et danses exécutés par ses femmes. Le roi est dans son élément. L’odeur de beurre rance domine. Quand le tambour se tait, on entend des chuchotements par ici par là. Les drôles de pensionnaires. Tout à coup, le roi appelle celles qui ont mérité les premiers prix c’est-à-dire qui ont mangé Kitongole * xxxxxxx . Elles sont une quinzaine et portent un collier de perles. Le roi charge celles qui probablement avaient mérité le prix d’excellence de les nommer par leur nom pour les faire connaître aux ministres. Les ministres applaudissent. Kabaka adresse de bonnes paroles à celle-ci puis à celle-là puis à une autre, enfin aux deux ministres. Pensant alors probablement qu’en voyant son cœur occupé par tant de monde, je craignais qu’il n’eût place pour moi, il me fit dire qu’il m’aimait beaucoup. « Et moi aussi, » lui ai-je répondu, « je l’aime beaucoup. » Pauvre roi, s’il pouvait comprendre qu’en dehors de Dieu le cœur ne peut trouver de véritable jouissance. S’il pouvait pendant quelques instants voir le lit de feu qui l’attend après cette vie, entendre au lieu des flatteries les malédictions et les imprécations de toutes ces femmes changées en autant de harpies, s’acharnant à centupler son supplice, peut-être le malheureux ouvrirait-il les yeux. Mais actuellement, celui qui se hasardait à souffler un mot en ce sens, serait pour jamais chassé de sa présence. C’est pourquoi, misérable Missionnaire, je suis réduit à protester par mon silence, espérant que tant de prières qui se font pour la conversion de ces pauvres Nègres ne resteront pas sans effet, et que si Mutesa abuse des grâces que Dieu lui fait, le fruit des prières retombera sur son successeur.  
Mardi 7 septembre  

Les Wangwana vont en grande solennité au mbuga. Le roi, en bon Musulman, devrait leur faire pompeuse réception. C’est en vain que les fidèles croyants attendent. Le roi ne paraît pas. Relfan a été obligé de revenir, il n’a pu obtenir de barques pour partir.

Visite de Mr Pearson. Nous lui prêtons quelques numéros des Missions Catholiques et le voyage de Baker.

 
Mercredi 8 septembre  

Le roi préparait aujourd’hui grande réception, avait convoqué ses soldats en grande tenue, avait distribué 2680 charges de poudre, était lui-même paré de ses plus beaux habits. Mais le mauvais temps l’a empêché de se montrer.

Hier, 3 hommes d’un mwami voisin, poussé par la faim, s’en vont couper quelques régimes de bananes chez un autre individu. Les gens de ce dernier les surprennent emportant leurs bananes et les tuent à coups de lance. Les gens souffrent réellement de la famine. Nous sommes réduits à diminuer la quantité de nourriture que nous donnions jusqu’à présent à nos enfants. Heureusement, la pluie tombe et nous fait espérer l’abondance pour plus tard.

 
Jeudi 9 septembre  

La nuit dernière, pluie assez abondante. Temps sombre jusqu’à ce soir.

Un jeune soldat est accusé d’avoir été avec une fille du roi. Ordre est donné de l’arrêter et de lui faire subir le supplice qu’on inflige en pareil cas au coupable : mutilation tous les membres que l’on brûle ensuite dans un grand feu.

 
Vendredi 10 septembre  

J’ai terminé hier soir ma retraite. Je vais saluer le roi. En bon Musulman, il aurait dû recevoir, le premier jour qui a suivi le Ramadan. Mais en vertu de ses pouvoirs, il a renvoyé la réception. On dit qu’elle aura lieu aujourd’hui. 2000 charges de poudre ont été distribuées aux soldats … tous les tambours  … musiciens de tout instrument accourt à Mbuga. Mwami en grande tenue. Vers 10h, les portes s’ouvrent. La foule s’y précipite. Il faut avoir les côtes solides pour n’être pas écrasé. Le roi comme d’habitude est assis sur son mauvais fauteuil-trône … tout se passe comme d’habitude. Le roi a su que je faisais ma retraite … Il explique aux Grands comment nous gardons le silence pendant 8 jours … a l’air de trouver héroïque … bien entendu, tout le monde admire avec lui. Il fait ensuite l’éloge des Missionnaires Français … fait remarquer que les padre catholiques sont tous habillés comme moi …  etc. etc. Tout cela pour me faire plaisir, probablement pour nous bien disposer à lui faire un beau cadeau à l’arrivée des Confrères. Il me fait demander une géographie en arabe. Je lui dis que nous n’avons pas de géographie en arabe ici, mais que nous lui en feront venir une. Tous les soldats déchargent leur fusil qu’ils ont bourré comme des mines. On se retire vers midi.

Le P. Lourdel est souffrant. Le soir, il éprouve des maux de tête très violents. Le Frère le veille.

 
Samedi 11 septembre  

Les catéchumènes reviennent.

Le P. Lourdel beaucoup mieux.

Vers minuit, un de nos catéchumènes * Joseph Kaddu qui a eu la faiblesse de se laisser séduire par une fille du roi * Nalumansi , et qu’on chercher depuis plusieurs jours pour le mettre à mort, vient nous dire qu’il désire nous parler. Nous nous levons à l’instant et instruisons * introduisons (?) le pauvre visiteurs. Il nous dit qu’il veut dès demain aller se remettre entre les mains de son maître, qui le livrera au roi, lequel le fera mettre à mort sans autre forme de procès. Il ajoute qu’il ne veut pas m]ourir sans avoir reçu le baptême. Il nous prie de le lui conférer à l’instant, nous assurant qu’il croit de tout son cœur ce que l’Église enseigne, et qu’il se repent de ses péchés. C’est un de nos catéchumènes les plus instruits, il a bon cœur, mais est un peu léger, c’est ce qui nous a empêché de l’admettre au baptême le samedi de la Pentecôte, malgré ses supplications. Nous l’exhortons au repentir, à la résiliation, à la confiance. Il paraît touché de nos paroles. Nous le baptisons : il est très résigné à son triste sort. Nous nous disons au revoir au paradis ce sera bien le cas de dire : felix culpa.

 
Dimanche 12 septembre  

Nos néophytes connaissent parfaitement les usages du pays, nous disent que Kaddu a bien fait de se faire préparer à la mort, car personne n’ose intercéder pour quelqu’un quand c’est le roi qui est offensé. Ils nous apprennent en même temps que souvent le bourreau, avant d’exécuter la sentence, fait subir aux coupables diverses tortures pour se faire donner par les amis du condamné chèvres, femmes, etc. que le condamné promet pour obtenir quelques adoucissements. Pour le crime dont est accusé Kaddu, il y a souvent un genre de supplice des plus atroces : le coupable est conduit sur le lieu où doit avoir lieu l’exécution. ON allume un grand feu. Le bourreau, armé d’un grand couteau, coupe une main et la jette dans le feu, puis l’autre et la jette dans le feu. Item aux oreilles, au nez, enlève même des morceaux de chair aux bras … aux cuisses qui vont rôtir avec le reste. Enfin, le pauvre patient est jeté dans le brasier. On dit qu’il y a des Nègres qui subissent ces tortures sans pousser un seul soupir … D’autres hurlent comme des bêtes fauves mais leurs cris n’arrivent pas jusqu’au cœur du bourreau qui faisant tous les jours cette triste besogne finit par devenir tout à fait insensible aux gémissements des victimes. Prodige. Kaddu vient ce soir, étonné lui-même d’être encore en vie. Il nous dit que son maître l’a conduit chez le roi. Mutesa par extraordinaire lui a fait grâce. Cette grâce est un fait inouï qu’il ne doute pas que ce soit Dieu qui l’a sauvé de la mort.

Voilà le nombre de nos chrétiens porté à 9. Nous permettons aux néophytes d’assister au salut.

 
Lundi 13 septembre  

Visite du P. Lourdel à Sa Majesté.

Nous avons 18 catéchumènes.

Nous achetons un âne venu de Koli, pays à l’est de l’Ouganda. Cet âne que nous payons à peine 35 francs, nous rend de grands services pour transporter les vivres que nous sommes obligés d’aller acheter très loin. Quoi soit indompté, il se laisse monter sans faire trop de ruades. Les Baganda ne se servent pas d’ânes. On dit que les Bakoli ne s’en servent pas non plus.

 

Δ   Octobre 1880

20 octobre  
[Discussion sur les poisons. Mutesa parle des siens. A la fin, il donne du mwenge à Lourdel. Soupçon qu’il pût être empoisonné.] Nous commençons par en faire boire un bon verre à l’esclave de Sa Majesté, porteur de la calebasse.  
21 octobre  
[Un Muganda est découvert circoncis. Il est mis à mort.]  
29 octobre  
[Mais cet homme était aussi coupable, pris avec la fille/épouse du roi.]  

Δ

Novembre & décembre 1880

PAS OUBLIER D4AJOUTER LA PAGE 199

Jeudi 4 novembre 1880

 Thursday, November 4th
 (suite), -tation de Mukesa, gardien de la mosquée. Il a refusé de faire l’exercice. Comme il allait se faire instruire chez les Anglais, on exploite contre les Blancs sa désobéissance.  (cont.) … the custodian of the Mosque. He refused to do the exercise. As he attends the teaching of the British, the Whites are taken responsible for his disobedience

Vendredi 5 novembre 1880

Friday, November 5th

P. Lourdel toujours malade  F. Lourdel is still sick.

Samedi 6 novembre 1880

 Saturday, November 6th

Le P. Lourdel va mieux. Depuis trois jours. nous sommes assourdis par le vacarme des tambours et pianos en bois, que le roi a envoyés chez Sabaganzi revenu dernièrement de visiter la sorcière MukasaLes catéchumènes qui savent la lettre du catéchisme, ne venant pas les jours ordinaires, le nombre des Nègres présents au catéchisme, ne dépasse guère douze.  F Lourdel feels better. For the last three days. we were deafened by the din of drums and xylophones, that the King sent to Sabaganzi’s, who recently returned to visit the witch Mukasa
As the catechumens who know the letter of the catechism, do not come on ordinary days, the number of Negroes who attend the catechism, hardly exceeds twelve.

Lundi 8 novembre 1880

 Monday, November 8th

Je vais saluer Mutesa ; audience ennuyeuse; lecture du Coran; le roi dit qu’il sait tout; qu’il n’a plus besoin qu’on vienne l’instruire. Peut-être veut-il me faire entendre que nous lui ferions plaisir de décamper, mes confrères et moi. Tandis qu’on lit le Coran, j’affecte d’avoir l’air occupé à d’autre chose. On le remarque ; on fait à ce sujet quelques réflexions dont je ne puis saisir le sens. Le roi demande entr’ autres choses burlesques : «  et les âmes des hommes qui ont de la barbe, auront de la barbe ? »  I go to pay respect to Mutesa. Boring. Reading of the Koran. The King says that he knows everything; he does not need anyone to instruct him. Maybe he wants me to understand that he would pleased if we, my colleagues and me, decide to decamp. While reading the Koran, I pretend to look busy with something else. Some people notice it, and utter remarks which I can not grasp the meaning of. Among other burlesque things, the King asks: « how about the souls of men who have beards, will they be bearded too?»
Mardi 9 novembre 1880

 Tuesday November 9th

Visite de M. Pearson. Il nous dit que vendredi dernier, s’étant rendu à Mbuga, il a quitté la salle devenue le théatre de la scène la plus infâme. Le roi fit déshabiller les Grands, puis le premier ministre mesura les verenda [pénis] de chacun pour savoir qui l’emportait. M. Pearson proteste, se détourne, on se moque de lui. Le roi donna ensuite ordre aux grands de manœuvrer usque ad effusionem seminis  [jusqu’à éjaculation]… M. Pearson n’y tint plus; il se leva disant qu’il ne pouvait rester dans une maison où se passent des choses si abominables, qu’il tremblait de voir Dieu la foudroyer. La scène -et passait au milieu des éclats de rire de Sa Majesté et des Grands. Il faut venir dans la terre maudite habitée par les enfants de Cham pour être témoins de (…)  Visited by Mr. Pearson. He told us that last Fridaywhile at the Mbuga, he left the place in protest as it had become the stage of the most infamous scene. The King told the Greats to undress, then the Prime Minister measured everyone’s penis to know who would win the contest. Mr. Pearson protested, looked away, he was laughed at. The King then ordered the Great to  maneuver usque ad effusionem seminis [till ejaculation] … Mr. Pearson could not stand it anymore; he got up saying he could not stay in a house where so abominable things happen that he trembled to see God blast it. The whole scene was taking place amongst the laughter of His Majesty and Great. You must come in the cursed land inhabited by children Charn to witness such (…)

Δ

7 décembre  
(…) En montant la côte qui va au lubiri, deux énormes princesses qui pour sentir moins la fatigue, se font pousser par une de leurs esclaves, qui appuie sa main sur leur dos et les pousse absolument comme on pousserait un chariot traîné par de mauvais bœufs. C’est princier, mais rigolo quand même. (…)  
16 décembre  
[Arrivée du P. Giraud, présenté au roi. 5 pièces de mericani, une Remington, un tambour, un habit rouge de laquais, un habit de ministres un tonneau de poudre … Mutesa étonné de ne pas recevoir un grand nombre de fusil.]  
24 décembre  
[Les néophytes … savent que la guerre est pour eux occasion de péchés. Désolés d’y aller.]  
Dimanche 26 décembre  
Depuis plusieurs jours, nous entendons les tambours des bandes de qui vont à la guerre.  
Lundi 27 décembre  

Le nombre de nos catéchumènes est très réduit.

Je vais à la cour. Le roi a fait arborer le drapeau et tirer le canon ce matin … Personne ne peut me dire pourquoi.

Sur le chemin de la résidence royale, je rencontre une bande de 2 à 300 Baganda qui partent pour l’Usoga. Ils sont presque tous armés de longues lances … barbouillés de terre rouge et blanche. Plusieurs ont une joue rouge et l’autre blanche. Ils se sont aussi peint les côtes et le dos. Je n’ai jamais rien vu de plus fantastique que cette bande de pillards. Pauvres Baganda ! quand la religion vous fera-t-elle oublier vos mœurs sauvages et vous apprendra-t-elle à mener une vie paisible dans votre charmant pays ?

 
Mercredi 29 décembre  

Temps sombre. Inutile d’aller à la cour, Sa Majesté de se montre pas.

Nous faisons faire depuis quelques jours des gandouras noires par nos néophytes. Cet habit est plus convenable que le blanc, lequel est celui des Wangwana. Nous sommes obligés de nous faire maîtres tailleurs : nos Nègres cousent assez bien mais étant étrangers à la coupe de nos habits.

2 catéchumènes.

 
Jeudi 30 décembre  

Encore des bandes qui prennent le chemin de l’Usoga au milieu du vacarme des tambours. Jamais depuis notre arrivée Mutesa avait envoyé tant de monde à la chasse de l’homme et des troupeaux chez les voisins.

6 catéchumènes. Tous les jours nous recevons des visites d’adieu de ceux de nos néophytes et catéchumènes obligés de partir pour la guerre. Ces pauvres gens paraissent avoir compris le prix du bienfait de la Foi que nous leur avons apportée. Nous leur recommandons d’être fidèles à faire tous les jours au moins une courte prière, à repasser le catéchisme quand ils le pourront. Ils promettent tous … pauvres gens.

 

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